Comment dire Adieu en ce temps de coronavirus?

Par: ELSA 26 avril 2020 no comments

Comment dire Adieu en ce temps de coronavirus?

En ce temps de coronavirus « Un travail de deuil sans adieu possible » rend souvent le deuil difficile.

C’est de la faute à personne- or- c’est d’une violence énorme

Avec la crise sanitaire du coronavirus, les hôpitaux et les entreprises funéraires doivent faire appliquer des règles strictes dans ce moment si particulier du deuil.  « Sa toilette mortuaire n’a pas pu être faite« .  Le corps est mis directement dans une housse dans le cercueil. « Je n’ai pas pu emmener ses derniers vêtements mortuaires. C’est comme si je l’enterrais nu sans hommage, c’est d’une violence inouïe ». Certains se sont vus incinérés sans un mot.

Je n’ai pas pu le revoir ni vivant ni mort.

Comment dire adieu à l’être aimé?

quand il n’a pas été possible de lui tenir la main dans ses derniers instants ? Comment vivre sans ces dernières paroles de pardon et d’amour ?

Il y a peu de choses à dire, il est nécessaire important vital d’être présent pour la personne, apporter cette humanité qui a besoin d’être signifiée par une présence humaine.

« Aujourd’hui, j’ai rappelé l’hôpital, cela fait 15 jours que mon mari est mort et personne ne sait me dire ni où ni quand je pourrais venir chercher ses affaires ». Des sanglots dans la voix, l’infirmière me dit,  » j’étais là quand votre mari est mort, vous savez je ne l’ai pas quitté, il n’est pas mort seul, je lui ai parlé jusqu’au bout de vous, de ses fils », elle répète: « il n’est pas mort tout seul » « son humanité me soulage un peu, je pleure« .

Deuil : comment le coronavirus a changé les rituels funéraires

« Les rites funéraires remontent à l’origine de l’humanité et sont habituellement considérés comme un des témoignages du passage de homo sapiens à homo sapiens sapiens; c’est un signe de l’humanisation de l’homme » [1]

Rite funéraire et antiquité

Depuis les temps antiques le rite mortuaire se fait en trois mouvements: toilette mortuaire et exposition du corps, cortège funéraire, et inhumation du corps en présence des vivants. Au contraire, dans ce temps de coronavirus, le rite funéraire est réduit à sa plus simple codification.

Ce n’est plus un temps social et collectif

En outre, ce n’est plus un temps social et collectif, ce n’est plus une épreuve partagée – distanciation sociale oblige- Il n’y aura pas non plus ce temps des retrouvailles entre vivants : boire et manger quelque chose ensemble et finir par dire un bon souvenir. Pourtant, les rites funéraires sont présents pour le destin du mort et tout autant pour les endeuillés : ceux qui restent.

Les rites funéraires de même que tous nos rites partagés font le ciment social et donnent du sens à ce que nous vivons.

La mort d’un proche

Comment accepter la mort d’un proche quand on n’a pas pu se recueillir devant son visage, poser une bougie sur son cercueil, être consolé par ses proches ? Autant de rituels nécessaires au deuil dont les familles se trouvent privées par cette crise sanitaire.

C’est dur, c’est très dur

L’enterrement dure 15 minutes- Nous devons respecter les gestes barrières- nous ne pouvons pas nous saluer, nous ne pouvons pas nous  tenir dans nos bras, nous embrasser, pleurer ensemble, nous réconforter- « c’est dur- c’est très dur !« Le registre des condoléances n’existe plus, les cimetières sont fermés, hormis pour les cérémonies des funérailles. La famille n’a pas pu venir, ni les cousins, ni les nombreux amis et collègues!

Filmer? quelle idée incongrue- Et pourquoi pas!

« Nous avions évoqué filmer l’enterrement- quelle idée incongrue ! « – Et pourquoi pas ? « Oui, en pensant à tous ceux qui auraient voulu être présent dans sa dernière demeure« … »Nous nous sommes promis de faire une cérémonie tous ensemble à la fin du confinement. Nous reviendrons lire nos textes et témoignages, nos portraits dressés par amour, chanter et écouter tes musiques préférées« .

Coronavirus : le « deuil invisible » « le deuil empêché »

Deuil- soutien psychologique- Funérailles

 

 C’est comme si, le corps avait disparu, passé dans l’invisible, c’est comme irréel

Les jours suivants de l’enterrement sont toujours très douloureux. En conséquence, en ces jours de pandémie, c’est encore plus difficile, en effet chacun est chez soi confiné et seul. En plus, sans visite, sans au-revoir, c’est comme si, le corps avait disparu, ou qu’il nous avait été arraché. On doit faire le deuil d’un corps passé dans l’invisible, c’est comme irréel.

Pour d’autres, c’est seulement après le déconfinement que les cendres de leur proche leurs seront remises.

Autant de circonstances qui se répercutent sur tous les stades d’un deuil normal.

Un travail de deuil sans adieu possible

« Un travail de deuil sans adieu possible » rend souvent le deuil difficile. Il y a des risques de deuil dit ‘pathologique’ – Certaines personnes peuvent avoir des sentiments de culpabilité de n’avoir pas été là, de n’avoir pas su éviter le virus- D’Autres ont des symptômes dépressifs majeurs qui se prolongent dans le temps. Beaucoup vivront en état de choc, avec parfois des insomnies, des troubles alimentaires. En d’autres termes, le fait de ne pas avoir pu assister aux obsèques ou d’accompagner la personne en fin de vie avant son décès va interférer dans le processus de deuil.  Ce qui veut dire de ce fait, que dans la plupart des situations, que le processus de deuil ne sera pas bloqué, peut-être différé, voir allongé. En effet, La douleur est présente dès l’annonce de la mort or le psychisme humain se met au travail du deuil.

  • Ne restez pas dans la solitude. Le lien humain est le cœur de notre santé. Donnez- vous accès au soutien, à l’écoute humaine. Ils sont nécessaires pour parler de votre peine, vos émotions, votre culpabilité et les métaboliser, les perlaborer.
  • Et après le confinement, il est essentiel et signifiant pour toute la famille de se réunir pour un dernier hommage.

[1] Au-delà de la vie, au-delà de la mort. Michel Hanus. Dans Études sur la mort2005/2 (no 128), pages 11 à 18

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